8 façons de combattre les trolls

(Cet article est paru dans Nouveau projet en 2013.)

Ils polluent les fils de discussion avec des propos incendiaires pour le plaisir de provoquer et faire déraper toute conversation constructive. Ils tiennent des blogues ou des comptes Twitter dans lesquels ils se permettent de publier n’importe quoi sur n’importe qui, se réjouissant des réactions choquées qu’ils récoltent. La sagesse populaire veut que, face à ces personnages insultants, harcelants, misogynes, racistes ou ignorants, il vaut mieux feindre l’indifférence et surtout, ne pas répliquer. « Don’t feed the trolls », nous dit-on.

Or, quelques voix s’élèvent maintenant pour affirmer que le temps de jouer à l’autruche est révolu. C’est le cas de Steph Guthrie, militante féministe canadienne, qui présentait une conférence TED sur le sujet à Toronto, intitulée The problem with « don’t feed the trolls », il y a quelques années. Encourager le silence face à des comportements que l’on juge inacceptables en ligne fait le beau jeu des trolls, qui ont l’impression que leurs opinions sont plus populaires qu’elles ne le sont vraiment, affirme-t-elle. Mais comment peut-on répondre intelligemment sans se perdre en guéguerres futiles en ligne ? Martin Lessard, blogueur et chroniqueur techno, et Nellie Brière, stratège médias sociaux à la CSN et pour Les Inclusives, ajoutent leurs conseils aux idées de Steph Guthrie.

  1. Cesser de croire que le web va s’autoréguler comme par magie

Une certaine vision utopiste du web persiste depuis sa création, voulant que les individus civilisés finissent par s’autoréguler et que les excès haineux ou violents s’estompent progressivement. Ce n’est malheureusement pas le cas, et les corps policiers investissent encore peu de ressources pour combattre le harcèlement ou la diffamation en ligne, concentrant plutôt leurs efforts dans quelques zones sombres du web, comme la pornographie infantile.

  1. Appeler un chat un chat

En désignant comme trolling ce qui est en fait du sexisme, de la misogynie ou du racisme, par exemple, on minimise la gravité des propos tenus par certaines personnes sur le web et on s’imagine qu’il s’agit d’un problème restreint au monde virtuel, qui apparaît comme un univers parallèle où les règles sociales ne sont pas les mêmes. Il ne faut donc pas hésiter à démasquer ces propos pour ce qu’ils sont.

  1. Se servir du web pour documenter l’inacceptable

Toute action sur le web laisse inévitablement une trace. Certains s’en servent pour compiler les propos sexistes, racistes ou haineux qu’ils rencontrent. Des fils Twitter  agrégateurs, comme Yes, You’re Racist (Oui, tu es raciste) ou Everyday Sexism (en Français, #sexismeordinaire), par exemple, recensent chaque jour des dizaines de propos publiés par des quidams sur le web. Démonstration assez efficace de l’éducation qu’il reste à faire en matière d’égalité entre les sexes et entre les humains en général.

  1. Combattre la distance sociale créée par le web

Bien cachés chez eux, derrière un écran d’ordinateur, plusieurs individus perdent contact avec les conséquences de leurs propos. Ainsi, ils se permettent d’insulter des inconnus ou de tenir un discours qu’ils n’auraient pas le courage de défendre en face à face. Il peut donc être utile de répliquer aux trolls agressifs en leur rappelant que leurs propos ou agissements pourraient avoir des conséquences négatives « dans la vraie vie », s’ils venaient aux oreilles de leurs employeurs potentiels, de leurs familles, collègues, voisins, etc. Et ne pas hésiter à signaler carrément les propos violents ou diffamatoires aux autorités, dans le but de faire « bloquer » la personne.

  1. Faire bon usage de son réseau personnel

Les trolls et autres commentateurs de bas étage se comportent ainsi car ils visent une réaction de la part de leur auditoire. En d’autres mots, ils jouent sur la scène de leur réseau de connaissances et offrent un spectacle. Or, nous possédons tous un réseau, sur la scène duquel nous pouvons offrir une contre-performance. Si l’on est agressé personnellement sur le web, par exemple, ce même réseau, bien entretenu, peut se porter massivement à notre défense. De plus, un réseau fort peut permettre d’organiser rapidement des répliques massives lorsqu’un individu tient des propos qu’on voudrait contrecarrer.

  1. Soigner sa présence web

Contrairement au système démocratique, où l’on peut garder ses opinions pour soi et se contenter d’aller voter tous les quatre ans, le web impose une autre contrainte. Ne pas être présent sur les réseaux sociaux, ne pas alimenter ou mettre à jour ses profils et ne pas commenter le fil d’actualités des autres équivaut à ne pas exister, tout simplement. Les absents ont toujours tort, dit-on. Dans le cas du web, c’est particulièrement vrai. La meilleure façon de faire contrepoids à des opinions ou des contenus qui nous dérangent est d’occuper à son tour l’espace public en faisant valoir ses propres valeurs, opinions et arguments.

  1. Éduquer les générations futures

Présentement, l’usage du web est un apprentissage à peu près aussi balisé que d’apprendre à lacer ses souliers et se laver les mains. Aucun cours formel n’existe pour apprendre aux enfants comment construire leur identité et se comporter dans cet univers parfois cruel. Et pourtant, l’utilisation des réseaux sociaux entraine de facto une obligation de construire un discours, une image publique de soi, une personnalité en ligne. Il serait peut-être pertinent d’enseigner de manière plus poussée les ramifications de la communication, du respect d’autrui et de l’éthique sur les plateformes publiques.

  1. Protéger la liberté d’expression et réfléchir à son avenir

Le web offre une liberté d’expression et une diversité d’informations et d’opinions magistralement supérieure aux médias traditionnels, qui, on le sait, présentent trop souvent un discours unique et conservateur. Le libre partage d’information et de points de vue sur le web est un phare d’espoir pour l’humanité, et grâce à cette liberté d’expression, des soulèvements populaires contre des régimes tyranniques ont pu s’organiser et se faire entendre, et des enjeux sociaux d’importance ont été mis au jour par des canaux non traditionnels. Mais les progrès technologiques ont rendu désuets certains aspects de nos lois enchâssant la liberté d’expression, créées à une époque où le web n’existait pas. À l’heure où tout le monde possède un micro, devrait-on réviser le concept de liberté d’expression ? Si je publie une blague sexiste en ligne, par exemple, où s’arrête la liberté de faire de l’humour et où commence la responsabilité personnelle ? Et si je re-tweete cette même blague sexiste dans le but de la dénoncer, suis-je en train de lui offrir une visibilité additionnelle ? Une réflexion sur l’éthique et la liberté d’expression s’impose.

 

 

 

 

Author: mceliemorin

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