Pour en finir avec le « lâcher-prise ».

« Faut que tu lâches prise ».

« C’est quand tu vas lâcher prise que ce ce que tu souhaites va arriver ».

« Let it go ».

Honnêtement, ces expressions sur le lâcher-prise me donnent autant d’urticaire que la chanson de Frozen.

Importé d’Inde dans les années 1970, adopté par le monde de la croissance personnelle et toujours présent dans le vocabulaire courant, le concept de lâcher-prise est trop souvent utilisé à la place de « calme-toi » qui est devenu politiquement incorrect, ou du très galvaudé (et disons-le, peu crédible) « ça va bien aller ».

En fait, c’est la réponse rapide et pas compliquée quand on n’a pas trop envie de s’impliquer émotionnellement dans une conversation. On a tous réagi comme ça à un moment ou un autre.

Quelqu’un vous raconte ses déboires avec une collègue pas fine ? « Faut que tu lâches prise, tu ne peux pas contrôler comment elle se comporte ».

Une amie célibataire se plaint de sa solitude et désespère de ne rencontrer personne ? « C’est quand tu vas arrêter de chercher que ça va arriver ».

Un ado confie à sa mère qu’elle trouve très difficile d’aimer son corps car elle se compare aux images de minceur et de beauté qu’elle voit partout ? « Lâche prise, arrête de te comparer, c’est des images retouchées de toute façon ».

 

Toutes des réponses qui ont comme effet de clore la conversation sans entrer véritablement dans le vif du sujet. Ce qu’on dit – sans le dire- à la personne qui a exprimé une frustration, une inquiétude ou un tourment, c’est en fait « arrête d’y penser » et ce qu’elle entend, c’est, « arrête de m’en parler ».

Le véritable lâcher-prise

Un truc qui m’a toujours énervé quand les gens me disaient de lâcher prise, en particulier quand je partageais ma détresse liée à l’infertilité, était le fait qu’on ne peut pas « lâcher prise » sur quelque chose qu’on désire très fortement ou qui nous tient à cœur, sans véritablement être en paix avec le fait de ne pas obtenir ce qu’on voudrait. Je m’explique.

Le véritable lâcher prise découle d’une forme de deuil. Le deuil de ce qu’on aurait aimé qui soit et l’acceptation de ce qui est. L’acceptation du fait que ce que l’on a si fortement désiré n’arrivera peut-être pas. Pour les bouddhistes, c’est le renoncement aux frustrations et peines du passé, à l’attachement, aux attentes, aux désirs même, pour être dans l’acceptation totale du moment présent.

Bref, c’est le travail spirituel d’une vie. Pas un conseil rapide à donner à quelqu’un qui vit quelque chose de difficile.

Entendons-nous. Il y a en effet des situations où le « lâcher-prise » face à soi-même est pertinent.

Par exemple : une relation amoureuse toxique ou moribonde qu’on s’acharne à garder sous respirateur artificiel. Dans ce cas-là, le fait de se détacher de ce qu’on voudrait qui soit pour commencer à regarder la réalité en face ne peut pas faire de tort, et va amorcer le processus pour se libérer d’une situation qui nous rend malheureux.

Autre exemple : attendre un résultat médical après avoir passé une batterie de tests. C’est évidemment super angoissant comme situation, et c’est normal d’être inquiet, de mal dormir, d’y penser beaucoup. Mais l’anxiété qu’on ressent ne changera rien au résultat, donc pour se ménager un peu, on peut tenter de se distancer un peu des scénarios catastrophe et se centrer sur le ici, maintenant, ne serait-ce que pour se faire temporairement un peu de bien.

Autre exemple encore : attendre des nouvelles après un entretien d’embauche, une audition ou un examen. Là aussi, on dirait que c’est inévitable de se re-re-re-repasser mentalement tous les détails de la rencontre en se demandant si on a eu l’air folle en disant telle ou telle chose. Mais ça ne changera rien au résultat. On a fait de notre mieux, on ne peut pas faire rewind. En Anglais on utilise une expression que j’aime bien, it’s out of my hands. En d’autres mots, j’ai fait mon possible et ça ne m’appartient plus.

Mais dire à quelqu’un d’autre de lâcher prise quand cette personne est en train d’exprimer des émotions difficiles, ça me semble totalement inefficace comme conseil, en plus de manquer d’empathie.

Écouter avec empathie

D’abord, c’est évident que si votre interlocutrice/teur était capable d’arrêter d’y penser et de lâcher prise, elle/il ne vous parlerait pas de ses soucis !

Les chercheurs en neurosciences ont découvert que notre besoin de connecter avec les autres était aussi vital que notre besoin d’eau ou de nourriture. Or, quand on balaie la souffrance ou l’inquiétude de quelqu’un d’autre en lui disant bêtement de lâcher prise, c’est l’équivalent de lui tourner le dos. Évidemment, on a tous des moments où on est fatigué, préoccupé par nos propres problèmes et où on n’a pas envie de décortiquer le drama de quelqu’un d’autre dans le menu détail. Nobody’s perfect, je sais.

Mais il me semble que ce serait tellement plus vrai et plus humain si on essayait au moins d’écouter vraiment ce que l’autre est en train de dire, et de reconnaitre que la situation lui cause des soucis sans essayer de lui proposer une solution. Dire par exemple : « je vois que ça semble vraiment te préoccuper », « c’est une situation difficile que tu vis », ou « ça fait longtemps que ça t’inquiète ? » ou même « comment voudrais-tu que cette situation se règle/s’améliore ? ».

S’intéresser, sans jugement, à ce que l’autre ressent. Étrangement, c’est souvent quand on se sent véritablement entendu qu’on arrête de se plaindre et qu’on…. Lâche prise.

 

 

 

 

 

 

 

Author: mceliemorin

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