Authenticité ou oversharing ?

 

Quelle est la différence entre partager ses vulnérabilités et faire de l’oversharing ?

La ligne est parfois mince entre la franchise, la transparence, le partage honnête de ses fragilités, et l’étalage à outrance de son intimité et de ses états d’âme.

La semaine dernière je vous ai partagé un billet très personnel sur l’expérience du deuil périnatal et la manière dont cela a ébranlé des certitudes que j’avais. Plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire que j’avais été très courageuse de partager quelque chose d’aussi intime. En effet les témoignages publics sur la question sont plutôt rares, bien que plusieurs groupes Facebook privés regorgent d’histoires similaires à la mienne. L’une des choses qui m’a retenue de faire ce partage plus tôt est que je craignais qu’on perçoive ça comme un déballage excessif ou « malaisant ».

J’ai beau croire fermement que nous avons besoin, collectivement, de dévoiler davantage nos imperfections, nos épreuves, nos doutes et nos questionnements pour faire contrepoids à la dictature du bonheur, parfois je suis moi-même mal à l’aise devant certains pétages de coche ou déversements émotifs sur les réseaux sociaux. Particulièrement de la part de certaines célébrités qui utilisent les rebondissements de leurs vies personnelles pour nourrir des télé-réalités ou leurs fils Instagram, par exemple.

Brené Brown, la queen de la vulnérabilité, si on veut, écrit d’ailleurs que le dévoilement de nos fragilités ne doit pas être une façon de se « purger » publiquement d’émotions difficiles, ou de déverser toutes ses angoisses et difficultés sur la tête de ceux qui n’ont rien demandé. Selon elle, la vraie vulnérabilité exige une relation de confiance mutuelle avec son interlocuteur, des limites claires et la certitude que l’autre peut porter le poids de ce qu’on partage. En d’autres mots, on ne se présente pas à des inconnus en disant « Salut, moi c’est Marie-Claude, et voici ma lutte intime la plus sombre ».

Et pourtant, c’est un peu ce que j’ai fait en dévoilant une épreuve très personnelle. Et c’est ce que des milliers d’autres blogueurs, youtubeurs et auteurs font tous les jours.

Hier soir, Unis TV a diffusé le premier épisode de la nouvelle série Un vrai selfie, où 8 jeunes se confient sans filtre pendant 10 semaines au sujet de leurs problèmes avec l’anxiété, la dépression, les TOC, la consommation de drogues et les troubles alimentaires.

 

En regardant la bande-annonce, j’étais d’abord incertaine. Doit-on se dévoiler autant, pleurer devant la caméra, donner une description minute par minute de ses crises d’angoisses pour briser l’isolement et le piège des apparences ? La question se pose.

On peut aussi se demander quel suivi psychologique les participants recevront après leur participation.

En même temps, il ne fait aucun doute que l’on vit dans un monde où il n’a jamais été aussi facile de partager toutes nos expériences, en temps réel. Avec des filtres et des outils de publication pour toujours se présenter sous notre meilleur jour, bien sûr. Les enfants et les ados d’aujourd’hui grandissent dans ce monde, où même nos selfies sans maquillage sont méticuleusement choisis pour produire le meilleur effet.

C’est donc normal que de voir des personnes se dévoiler de manière très crue, sans ce filtre « embellisseur » nous rend un peu mal à l’aise. Il y a aussi l’émotion vraie sur leurs visages, parce que rare et habituellement cachée, qui peut heurter notre pudeur et provoquer un mouvement de recul. Ce n’est pas facile de regarder un autre être humain qui souffre. Certaines études montrent même que notre cerveau souffre par empathie. 

Après avoir visionné le premier épisode au complet (dispo jusqu’au 3 octobre 2018 en ligne ici), je constate toutefois que ces partages ont presque tous la même chose en commun : la souffrance de ne pas correspondre à une norme, une idée du bonheur ou d’une vie « réussie ». Les participants ont chacun leur histoire de vie et leurs défis particuliers, mais ils nomment tous cette impression d’être différents ou anormaux comme une grande source de souffrance.

 

Et pourtant, à mesure que leurs témoignages s’accumulent et se recoupent, ils constatent qu’ils sont loins d’être seuls à être confrontés aux mêmes questions et luttes intérieures. Et sans doute que des centaines ou milliers de personnes se reconnaitront aussi dans leurs témoignages en écoutant la série.

Preuve que le dévoilement, même s’il peut être jugé en surface comme un déballage excessif et exhibitionniste, peut servir à briser l’isolement.

 

 

Author: mceliemorin

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