Qui s’occupe de notre santé mentale ?

Attendre un an avant de voir un psychologue, quand on est en détresse, c’est catastrophique.

L’accès à la psychothérapie est un enjeu de santé publique qui sera déterminant pour l’avenir. Et pourtant, c’est un sujet oublié, écarté de l’actualité et des préoccupations politiques, tout comme l’environnement. La crise nous pend au bout du nez, et on ne la voit pas.

On sait que les problèmes de santé mentale touchent une personne sur 5, et que plus de la moitié des personnes touchées vivent de l’anxiété et de la dépression, deux cas de figure où la psychothérapie peut être un outil extrêmement puissant, parfois plus efficace et moins couteux à long terme que la médication.

Mais encore faut-il être capable d’en voir un, psy. Présentement, les délais pour avoir accès à des services de psychothérapie couverts par la RAMQ sont de plusieurs mois, souvent jusqu’à un an ou même plus.

Quand tu es en détresse, que tu as du mal à dormir ou à bien manger, que ta concentration au travail est affectée par l’anxiété ou que tu es triste tout le temps, attendre même une semaine pour avoir de l’aide et du soutien,  c’est interminable. Attendre 12 mois? Une sentence impitoyable. Et dangereuse.

Évidemment, l’accès aux psychologues au privé est extrêmement rapide, voire immédiat, pour qui a les moyens de se le payer. À plus de 100$ par séance hebdomadaire ou bi-hebdomadaire, ça monte très, très vite. Surtout pour ceux qui n’ont pas d’emploi offrant des assurances privées.

Je me suis moi-même souvent privée d’autre chose (sorties, vêtements) afin de continuer à consulter. Mais je suis quand même extrêmement privilégiée de pouvoir faire ce choix, point. Pour les personnes vulnérables qui peinent déjà à  payer leur loyer et à faire l’épicerie (parce que ça coûte pas mal plus que 75$, on s’entend), ce n’est tout simplement pas une option.

Qui en a parlé pendant la campagne électorale qui prendra fin le 1er octobre ? Personne, ou presque. Les collègues de Rad ont interrogé les différents partis et en ont tiré un excellent reportage qui fait bien le tour du sujet, ça s’écoute ici. Mais pour les solutions vraiment concrètes et immédiates, on repassera. Tout ça reste bien flou.

Dans ce contexte, faut-il vraiment s’étonner que les motivateurs, conférenciers et autres gourous du bonheur remplissent des salles ? Que les livres de croissance personnelle qui promettent le bonheur éternel en 7 étapes faciles caracolent aux palmarès des ventes en librairie ? Que des personnes vulnérables continuent de se faire enfirouaper par des coachs de vies, des guérisseurs ou des diseuses de bonne aventure ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, entre 1990 et 2013, le nombre de personnes souffrant de dépression et/ou d’anxiété a augmenté de près de 50%, passant de 416 millions à 615 millions. Près de 10% de la population mondiale est affectée et les troubles mentaux représentent 30% de la charge de morbidité mondiale non létale.

Les situations d’urgence humanitaire et les conflits en cours accroissent les besoins d’étendre les options thérapeutiques. Selon les estimations de l’OMS, dans les situations d’urgence jusqu’à 1 personne sur 5 souffre de dépression ou d’anxiété.

Plus près de nous, l’épuisement professionnel fait aussi de plus en plus de ravages. Une personne sur 5 se dit exposée à un stress important au travail. 60% des travailleurs considèrent que leur vie professionnelle a des répercussions négatives sur leur santé et leur vie personnelle. 69% rapportent du travail à la maison régulièrement, près de la moitié se disent stressés au boulot et près du quart craignent de perdre leur emploi dans les trois à six prochains mois (données fournies par la firme OfficeVibe, 2017). Il existe des solutions, mais elles tardent à s’implanter concrètement.

Comme je disais, la crise nous pend au bout du nez.

La prévention a pourtant fait ses preuves. En 2016, une étude de l’OMS révélait que les investissements dans le traitement de la dépression et de l’anxiété rapportent quatre fois leur valeur.  De plus en plus de recherches démontrent que l’approche cognitivo-comportementale devrait être le soin de première ligne pour la dépression et l’anxiété, avant la médication.

Mais alors qu’il faut encore attendre de long mois pour avoir accès à des services de psychothérapie, il s’émet chaque année au Québec toujours plus d’ordonnances pour des antidépresseurs. Ces médicaments sont parfois nécessaires et sauvent même des vies, mais lorsqu’ils sont prescrits à outrance, pour « patcher » un système déficient, il y a un gros, gros problème.

Il serait temps d’agir.

 

Author: mceliemorin

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