Dia de Muertos : penser la mort autrement

Pour les personnes qui n’ont pas d’appartenance religieuse, c’est parfois difficile de créer des rituels significatifs et réconfortants autour du deuil. Cette année, mon amoureux et moi on s’est inspiré des célébrations du Jour des Morts pour célébrer les personnes disparues dans nos familles, en plus d’honorer le deuil du petit garçon que nous avons perdu au printemps. Ça m’a permis, pendant quelques jours, de sentir que ces personnes aimées étaient tout près.

C’était aussi une manière pour moi de vivre l’Halloween autrement, car le deuil d’un bébé me faisait redouter cette journée où les enfants costumés, tous plus mignons les uns que les autres, envahiraient mon fil Facebook et ma rue.

Les célébrations du Jour des Morts

En épousant mon chéri, j’ai eu la chance d’être accueillie dans une belle et grande famille de Oaxaca, au Mexique. La première fois que j’ai mis les pieds dans cette magnifique ville classée Patrimoine Unesco, c’était quelques jours après les célébrations de la Fête des Morts.

Des tonnes de fleurs jonchaient encore les rues, les autels faits maisons étaient encore allumés dans les fenêtres. Deux jours plus tôt, la ville avait été bondée, et des défilés musicaux élaborés s’étaient succédés jusqu’à culminer le 2 novembre, avec la fête de Todas las Almas (toutes les Âmes).

Comme beaucoup de gens, j’avais entendu parler de cette fête unique au monde (en fait il s’agit de festivités qui s’étirent sur plusieurs jours), mais je ne m’y étais jamais attardée. Je trouvais simplement beau qu’un peuple honore la mémoire de ses ancêtres en défilant dans les rues joyeusement.

J’avais perdu mon père l’année précédente, et le concept prenait maintenant une plus grande signification pour moi. Je me suis mise à poser plein de questions à mon amoureux et à sa famille, pour mieux comprendre le sens de ces festivités.

Célébrer les morts dans la joie

On m’a expliqué que les costumes, le maquillage, les offrandes de fleurs, de fruits, de gâteaux, parfois même d’alcool et de tabac, l’explosion de couleurs et de joie dans les rues et le spectacle nocturne magique des milliers de lampions allumés dans les cimetières, tout ça visait à témoigner amour et respect aux personnes disparues.

Certaines communautés organisent des défilés costumés impressionnants, ou apportent un immense pique-nique au cimetière. La fête dure toute la nuit à la lueur des bougies.

Les origines de cette tradition remontent aux Aztecs, Toltecs, Zapotecs et autres peuples autochtones du Mexique, pour qui pleurer les morts était un manque de respect. En effet, pour ces sociétés précolombiennes, la mort était simplement une phase de la vie, une étape dans le continuum naturel des choses. On considérait que les morts continuaient de faire partie de la communauté et qu’il fallait honorer leur souvenir et leur âme.

Selon la croyance, les défunts reviennent temporairement sur Terre une fois par an pour retrouver leur famille, et c’est l’occasion de leur témoigner combien ils sont aimés.

Aujourd’hui les autels appelés ofrendas érigés avec amour par les familles dans leurs maisons et parfois dans la rue et dans les cimetières, sont au coeur des festivités. Ces autels servent à accueillir les défunts à leur retour sur Terre et sont donc chargés d’offrandes : de l’eau, des fleurs, du pain, des pâtisseries, des cadeaux de toutes sortes et des objets qui représentent les choses que le défunt a aimé dans sa vie. Sur les autels dédiés aux enfants disparus, on retrouve souvent des jouets, des bonbons ou des vêtements préférés, par exemple.

Chaque région du Mexique a ses propres traditions en ce qui concerne les décorations, mais la rose d’Inde, dont les fleurs d’un orangé vibrant sont utilisées pour tapisser les autels et les tombes des cimetières, est omniprésente. Dans certains villages, on égrène ses pétales comme le Petit Poucet, pour montrer le chemin aux morts entre le cimetière et la maison. Les fleurs fraiches symbolisent aussi l’impermanence de la vie.

Les crânes de sucre, ou les crânes de bois peints avec des couleurs vives, sont aussi issus de la tradition des peuples autochtones, chez qui on retrouvait des monuments faits de crânes empilés. Il est difficile de savoir ce que ceux-ci signifiaient à l’époque: symbole de leurs conquêtes militaires ou manière d’honorer les morts. La tradition est restée et aujourd’hui on retrouve ces petits crânes richement décorés absolument partout dans les marchés. De cette tradition vient aussi le fait de se maquiller et se costumer en squelette, ce qui parait un peu glauque et spooky au départ, mais qui prend un autre sens quand on comprend de quelle façon ça s’inscrit dans la tradition. Un autre rappel de notre mortalité, une manière de dédramatiser la mort.

 

On érige habituellement les ofrendas autour du 28 octobre et l’idée est d’ajouter chaque jour de nouvelles décorations et de nouvelles offrandes. On choisit un moment de la journée où allumer les bougies, ou bien on les laisse allumées en permanence. Chaque personne, chaque famille peut construire son autel comme bon lui semble et honorer les personnes aimées de manière unique. Il n’y a pas de règles ou de faux pas, on peut se laisser guider par ce qui semble intuitivement faire du sens pour soi.

L’idée est d’être avec eux pour un court laps de temps.

Cette année, le 1er novembre revêt une signification particulière pour moi, car c’est la journée des angelitos, les petits anges disparus.

On dit que les bébés et les enfants décédés sont si pressés de revenir vers leurs parents qu’ils arrivent un jour avant toutes les autres âmes, attendues le 2 novembre. Selon la tradition, on peut déposer un goûter sucré pour les angelitos sur l’autel dès l’après-midi du 31 octobre. Ils sont attendus à minuit ce soir-là, après quoi ils passent une journée complète avec leur famille.

Le tout culmine le 2 novembre, quand toutes les âmes disparues reviennent nous visiter. Au Mexique, plusieurs familles choisissent de laisser les autels encore quelques jours ensuite, voire même tout le mois de novembre. On dit que les morts absorbent l’essence des offrandes. Quand les fleurs sont fanées, on peut commencer à défaire l’autel.

En cette année difficile, le rituel de déposer chaque jour des fleurs, de l’eau, des fruits, du pain et des douceurs sur l’autel est très réconfortant. Il est installé au centre de l’appartement, dans la salle à manger, et je passe devant plusieurs fois par jour. Les lampions allumés jettent une belle lumière sur les photos, les ornements et les fleurs. Un peu de chaleur pour mon coeur écorché, surtout dans la grisaille de l’automne.

J’ai l’impression que c’est le début d’une belle tradition annuelle.

 

Si ça vous dit de construire votre propre ofrenda, voici quelques indications pour vous aider.

Vous aurez besoin de :

Une nappe ou un tissu coloré pour recouvrir une surface que vous aurez choisie dans la maison.

Des photos ou un memento de la personne ou des personnes que vous souhaitez honorer. Vous pouvez aussi faire un autel sans photo, auquel cas il va de soi qu’il est dédié à vos ancêtres et à toutes les personnes que vous avez aimé et qui sont disparues.

Des fleurs (les soucis ou roses d’Inde sont difficiles à trouver en octobre, mais les chrysanthèmes, abondants et peu coûteux, font très bien l’affaire). La tradition veut qu’on utilise des fleurs orangées, mais c’est vraiment à votre goût.

Pour les angelitos, on ajoute une fleur blanche.

Des bougies, des fruits, des petits pains sucrés achetés ou faits maison.

Des objets symboliques pour la ou les défunts.

Vous pouvez aussi fabriquer une arche avec du papel picado ou des guirlandes de fleurs.

 

Pour en savoir plus sur les célébrations du Jour des Morts, il y a beaucoup de ressources ici.

 

 

Author: mceliemorin

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